Lyon, 1986.
Paris, 1990.

Istanbul, 1992.
Trnava et Bansca Bystrica (Slovaquie), 2001.
Madrid, 2001.
Saint-Restitut, 2003.
Tours, 2006.
Avenay, 2006.
Grignan, 2009.

1. Le premier THÉÂTRE DE LA MÉMOIRE DU PAON a été réalisé en 1986 pour accompagner, à Lyon, à la Librairie-galerie La Proue, la présentation du livre PAVO, tiré à 60 exemplaires, avec 10 gravures en taille d’épargne et en couleurs. Il s’agissait d’un tableau de grandes dimensions, fait principalement de fixés sous verre au tartrate de cuivre, qui réduisait le schéma d’un corps idéal à une quinzaine de points légendés, constituant le corpus originel de référents symboliques dont ce travail devait être irrigué pendant plus de trente ans. Il fait partie d’une collection privée.

2. La seconde version, sous-titrée PAONOPLIE À LA MÉMOIRE D’UN ANGE, a été exposée à la galerie Philippe Casini, à Paris, en 1987 : treize éléments de papier japon et de feuilles de plomb marouflés sur bois. Il a été acquis en 1991 par le Fonds départemental d’art contemporain de Seine-Saint-Denis.

3. En 1992, à Istanbul, avec LES CENDRES, j’ai voulu donner une forme spatiale à mon diagramme “psycho-pavonique” (un tableau des termes de référence qui accompagnait l’édition du catalogue Summa Pavonica publié par le FRAC du Limousin). Pour ce faire, les 208 mots ou formules du diagramme ont été inscrits sur le sol comme autant de titres, ou commentaires, sous 208 “yeux” de pâte de verre bleu. Ces objets porte-bonheur sont banals en Turquie et leur utilisation est un signal clair de déférence en direction de la culture populaire. On pourrait dire, d’autre part, que la tension provocatrice entre la complexité du diagramme lui-même et la banalité de l’objet choisi pour le matérialiser est l’objectif principal de cette installation. Il est évident que le lieu de réception de l’oeuvre doit commander l’utilisation d’un objet qui lui soit symboliquement et manifestement congru. En effet, je ne peux sans doute pas me faire une idée juste du sentiment d’un lecteur turc de mon diagramme, mais je peux imaginer la spécificité de l’impact de cette tension sur lui. D’une certaine manière, c’est lui qui “fera” le diagramme, puisque sa lecture sera filtrée par le repérage du référent. Duchamp disait que “c’est le regardeur qui fait le tableau”; ici, le lecteur devient paonophile par idyosincrasie!

4. 1. Le diagramme installé à Istanbul était sous titré LES CENDRES, en partie à cause de l’aspect poudreux du lieu, la nef de l’église Sainte-Irène (Aya Irini). Avec le projet d’une exposition en Slovaquie durant l’été 2001 à Trnava (Galerie Jana Koniarka), puis à Banska Bystrica (Galerie Nationale), il a fallu se mettre à la recherche d’un objet symbolique aussi familier en Europe centrale que l’est en Turquie le fameux talisman de verre. Etienne Cornevin, commissaire de l’exposition, s’est adressé à Peter Brabenec qui lui a suggéré le “prachac”, ou battoir à tapis, utilisé lors du “Grand Ménage”, activité cyclique et populaire à laquelle lui-même se réfère à propos du livre de Pavel Vilikovsky qu’il a traduit chez Maurice Nadeau, Un cheval dans l’escalier.

4. 2. Il s’agit d’un objet d’osier dont les entrelacs se déploient en une sorte de batte qui peut évoquer une queue de paon, une figure végétale, une lettrine enluminée, une figure anthropomorphe ou même les circonvolutions d’un cerveau humain. La chose est assez futile, et bien propre à servir de base au projet d’installation d’un (4ème) Théâtre de la mémoire du paon en Slovaquie, intitulé naturellement LE GRAND MÉNAGE.

4. 3. Le temps pressant, il semblait difficile de trouver 208 de ces objets. Je me suis contenté d’envisager d’en ériger un seul exemplaire au centre de la salle d’exposition, avec le mot “paon” écrit en slovaque sur le sol. Puis, régulièrement espacées et fixées à hauteur d’oeil sur les murs tout autour de la pièce, les cartes postales de ma collection (“contrôlées paonalogiquement”) suffisent à faire la roue, toutes étiquetées selon les 208 formules du diagramme.

4. 4. Le problème que pose l’ordre dans lequel elles doivent être disposées est celui du choix d’une lecture linéaire à partir d’une certaine quantité d’éléments qui au départ ne sont qu’un conglomérat de points dispersés. A moins de se livrer à l’établissement d’une hiérarchie qui en exclura forcément une autre, la solution ne peut être qu’arbitraire, et dans ce cas, elle renvoie curieusement à la réflexion que fait Peter Brabenec au sujet du Grand Ménage. Il y a en effet une grande adéquation entre la plupart des propositions de son étude et la pratique du “contrôle paonalogique”.

4. 5. Je ne sais vraiment pas pourquoi je devrais réfléchir une heure sur chaque mot que je prononce est une citation du roman que l’on pourrait très bien traduire par : “Je ne vois vraiment pas pourquoi les définitions des images paonalogiques devraient être le fruit d’une quelconque réflexion”.

4. 6. Il faut bien savoir que l’attribution de tel mot, nom ou concept, à telle ou telle image de ma collection ne doit relever que du hasard apparent ; ici réside le jeu de l’installation. Le mot “étincelle” peut se trouver sous l’image de l’aigrette ornant une initiale médiévale du manuscrit 63 de la bibliothèque de Laon, comme sous la photo du paon qui sert de logo au National Trust du Royaume Uni. Le cimier ocellé du Saint Georges de Jost Haller, au musée de Colmar, peut être titré « Disparition de l’ordre social » ou « Déploiement cosmique », ou encore « Interférences », etc… On peut imaginer que les coîncidences ainsi provoquées relèvent d’une qualité subliminale intrinsèque, mais le propos avoué n’est pas là.

4. 7. Le parti pris d’incohérence fait état d’un désordre dont le constat devrait provoquer naturellement et immédiatement le recours au Grand Ménage. Selon Peter Brabenec, cette activité consiste en principe en un inventaire et un réarrangement de tout ce que le temps a dérangé; l’accumulation des images pavoniques inscrit justement une désorganisation de leur situation réelle dans l’espace, tout comme dans le temps historique auquel elles renvoient implicitement. Tout l’ordre logique dont l’idée est bafouée par cette installation aléatoire en appelle à une remise à plat du système de références de l’histoire de l’art, comme de celui des sciences naturelles, anthropologiques, ésotériques etc… Tout le cynisme du monde ne peut nous préserver de l’idée que la vie a une construction logique.

4. 8. Il y a en outre une grande fascination, dans l’attitude centre européenne, pour ce qu’il devient nécessaire de balayer, jeter au rebus, mettre dehors, foutre en l’air. Quelque chose de cela doit être induit par la méticulosité du diagramme pavonique, qui renvoie bien sûr à notre façon de penser par associations spontanées, donc désordonnées, à notre façon de nous souvenir…

4. 9. Enfin la pratique de la digression, repérée par Brabenec dans l’écriture de Vilikovsky, est également implicite dans la juxtaposition des cartes postales représentant des paons, zoologiques ou métaphoriques : chaque image évoque par exemple l’auteur de l’œuvre, ou une époque, un lieu, une anecdote, et peut nous entraîner dans une rêverie spécifique, et la perception de ces dérives incontrôlables ne peut manquer de participer du vertige du paonophile. Il semble bien s’agir du Grand Ménage à faire dans l’ordre des choses, dans l’ordre de la vie et dans notre attitude par rapport à ce désordre !

4. 10. Maman, vêtue d’une robe fleurie, est assise au milieu d’un pré et rit de bon coeur, tout autour d’elle des oisons qui, confondus probablement par le motif, s’en prennent avec leurs becs à sa robe… Dernière citation, que Peter Brabenec tire du Cheval de Vilikovsky. Le beau volant est mis en lambeaux, mais ici le doute pointe son nez : dans un manuscrit alchimique du XVe siècle (Bibliothèque Apostolique du Vatican, Cod. Pal. 1066, f.223), Iris, messagère de Junon, arbore, elle, un visage de stupéfaction à la vue des sept paons aux queues d’or qui l’assaillent dans ses jupes sans ménagement. La « conscience du désordre » fait rire, mais l’ordre, et le sacre de sa loi toujours recommencée, signent la peur du vide.

5. 1. LE CINQUIEME THEATRE DE LA MÉMOIRE DU PAON a été inauguré à Madrid, dans le cadre de la IXe édition d’« Estampa, Salon international de la gravure et des éditions d’art contemporain », le 7 novembre 2001.

5. 2. En accord avec la contrainte évolutive propre à cette pièce, sa réalisation n’a lieu qu’une seule fois sous sa forme originale, dans les limites de temps et de lieu de la foire. Ces limites prennent en compte les divers genres dont participe la pièce - poésie visuelle, taille d’images et de mots, gravure, monotypie, calligraphie expérimentale, livres d’artiste, bibliophilie contemporaine.

5. 3. Description : Tout l’espace mural d’un stand d’exposition d’environ 24 m2 est occupé par le diagramme paonalogique. Ici, la concrétisation des mots (dont le nombre est ramené à 109) se fait au moyen de cartes postales représentant des phases de la corrida, en privilégiant celles qui montrent de beaux déploiements de la cape ou de la muleta. Du sol au plafond, sur les trois cloisons disponibles, sont dispersées les cartes postales selon le schéma de la partie centrale du diagramme. Toutes sont légendées des mots ou fragments de textes manuscrits, écrits directement sur le mur. Sont également présentés les 109 exemplaires du livre constituant la mémoire de cette installation. Mémoire décalée toutefois, puisqu’elle n’est en rien descriptive de la pièce, lui servant plutôt de chambre d’écho.

5. 4. La pièce, intitulée FAENA SIN TORO NI TORERO NI MUERTE (littéralement « travail du corps sans taureau ni torero ni mort »), s’autodétruira, se décomposera, en quelque sorte, au fur et à mesure de l‘élimination des images de référence. Chacune des cartes postales accompagne en effet chacun des exemplaires vendus.

5. 5. L’installation est néanmoins évolutive. En effet, les cartes postales, disparaissant du diagramme mural au fur et à mesure de la dispersion de l’édition, sont remplacées par des images semblables, recouvertes de peinture noire, mais réservant la partie rouge de la cape ou de la muleta. Ainsi se reconstruit peu à peu une œuvre muette (les « légendes » disparaissent dans le noir), lisible à toutes les étapes de son évolution.

5. 6. Cette collection de cartes postales caviardées a donné lieu à la création du livre unique Opera Negra, en 2012 : 110 feuillets libres (16,5 x 22,5 cm), coins ronds, emboîtage de toile noire, titre manuscrit au dos. 109 cartes postales tauromachiques passées au noir, encartées, maintenues par des coins photo. Légendes liminaires à l’encre rouge, titre peint à la gouache et diagramme manuscrit sur la même page. Acquisition de la Bibliothèque Forney, Paris, la même année.

6. 1. Le sixième avatar s’intitule ABSORPTION, RESTITUTION, TRANSFIGURATION. Il a été installé le 6 août 2003 , à la galerie Lithos/Art contemporain, à Saint-Restitut en Drôme provençale. Accompagné d’une ancienne photo du parc de Villegenon (le lieu générique, en Berry, de toute l’entreprise paonalogique), il est constitué d”une collection de minuscules étiquettes d’entomologiste anciennes, ayant déjà servi donc portant leurs inscriptions d’origine, sur lesquelles sont inscrits en surcharge, à l’encre rouge, les 208 mots du diagramme. Piquées à la manière de papillons avec des épingles à tête d’émail, elles sont réparties convenablement sur un support de grandes dimensions, celui-ci ayant été disposé à Saint-Restitut à l’intérieur d’un placard mural dont les portes demeuraient entr’ouvertes. L’ensemble peut être encadré, ou serré dans une boîte de conservation d’un format inhabituel.

6. 2. Réitération de la même installation lors de « Livres à disposition » chez Jean Claude Mattrat à Avenay, en Normandie, du 11 au 13 juin 2004, sous un titre différent : PAVONA PRIMA PANDORA. L’absorption est le contraire de l’élimination. Ce qui disparaît (l’image associée au mot) annexe quelque chose d’autre : la forme de la référence dans laquelle elle s’inscrit.

7.1. Le Septième Théâtre de la mémoire du paon a été installé à Tours chez Rike Würbach lors de la 4ème édition de « Livres à disposition », en juin 2006. Il s’intitule LOIN DES ÂMES À CAUSE DU BROUILLARD.

7.2. Capote de brega (cape de travail de torero), 120 cm x 240 cm, et 208 épingles entomologiques anciennes, parfois à tête d’émail, autant d’étiquettes provenant d’une collection de papillons de nuit, imprimées ou manuscrites, légendées, datées et finement surchargées à l’encre rouge selon les termes du diagramme « paonalogique » ; ainsi : Berlin, Allemagne, 1886, F. Thurau (mention originale) , est suivi de Toutes les peurs ( surcharge manuscrite), etc…

7.3. En castillan, la cape de torero se dit capote de brega, cape de travail ; capote signifie aussi couche, cape, brouillard ; brega, mêlée, rixe, querelle. Papillon se dit en grec comme âme. Les papillons invisibles épinglés sur la cape sont des âmes attrapées ; les mots des étiquettes représentent certaines de leurs qualités particulières.

7.4. Autres expositions :

  • Roanne, médiathèque, « Des livres, le spectre d’une exposition impossible – Dédicace à la mémoire de James Lee Byars », mai-juin 2007.

  • Caen, abbaye d’Ardenne (Imec), « Livres à disposition », juin 2009.

  • Nançay, galerie Capazza, « Feux personnels », mars 2010.


8. Le Huitième théâtre de la mémoire du paon, SATURNIA PYRI, fut l’expression d’une performance réalisée en juin 2006 à Avenay, chez Jean-Claude Mattrat, dans le cadre de la 5e édition de Livres à disposition. Il donna lieu à la création d’un livre unique, de 352 pages, intitulé Chacun sa roue. Des feuilles de laurier inscrites, à l’encre blanche, des mots issus du diagramme paonalogique, sont insérées entre les pages. Une photographie de l’installation se trouve au frontispice.

9. 1. Neuvième théâtre de la mémoire du paon : TOUTES LES COULEURS. Création à Grignan le 21 novembre 2009, en tant que pièce maîtresse de l’exposition « Promenade dans un enclos », du 22 novembre 2009 au 14 février 2010 ; avec une pièce sonore de Jérôme Fino, « Abolition du mental » et dans la complicité du Petit Musée du Bizarre de Lavilledieu.

9. 2. La pièce est constituée d’un paon rouant naturalisé dont toutes les plumes ont été ébarbées. Une étiquette muette de papier doré est fichée à l’extrémité de chacun des pennes. L’installation est complétée par l’exposition de 208 cartes postales représentant des paons dans la nature, dans la peinture et dans tous les arts. Chacune est inscrite de l’un des mots du diagramme.

9. 3. Autre exposition : Galerie Capazza, « Feux personnels », mars-mai 2010.