RIGHI (François). Quatre-vingt-une lettres à Victor Segalen. Préface de Kenneth White.

Paris, La Passerelle, 10 décembre 1981. In-8 (23,9 x 15,6 cm) de 180 pages, broché, couverture blanche muette, jaquette blanche imprimée en noir et rouge, rempliée. 81 compositions originales en couleurs reproduites en offset. 500 exemplaires sur papier Registre (Rafael Salva, Barcelona).

 



 

 

 

 

 

PRÉFACE : C’est à Paris, et par la suite, dans sa maison aux porcelaines près de Bourges, que j’ai rencontré le jeune maître-peintre de notre époque qui m’avait écrit pour me signaler qu’il venait de peindre toute une série de lettres à Victor Segalen. Il n’en revenait pas. Jamais une chose pareille ne lui était arrivée. La correspondance qu’il avait ressentie l’émerveillait. J’étais intrigué à mon tour. Pour composer une suite de lettres à un mort, il faut avoir pris de singulières distances avec l’actualité. Une telle distance relève soit de la pathologie, soit d’une puissance peu commune. Rien de pathologique chez Righi, il avait le pied bien planté dans le réel et il avançait d’une manière consciente. Il n’avait pas écrit 12 lettres à Segalen, ni 37, mais 81. Or, 81 (9 x 9) c’est, l’on s’en souvient, la formule fondamentale du ciel et de la terre : à Pékin, l’escalier qui mène au Temple du Ciel a 81 marches. C’est la raison pour laquelle Segalen lui-même limita (faisant de cette limite le symbole d’une immense ambition) la première édition des Stèles à 81 exemplaires. Righi avait donc lu Segalen, et il l’avait bien lu, jusqu’à correspondre en tous points avec lui. Il avait pénétré dans l’œuvre de Segalen comme dans une initiation. Et c’est ainsi, bien sûr, qu’il faut lire, dès qu’on a affaire à une littérature dense et qui va quelque part. Mais qui, de « nos » jours, prend le temps de lire ? Righi avait pris le temps, il en avait tant pris qu’il en avait fait un espace. Et dans cet espace, lieu de la plus haute concentration, lieu de la plus fine jouissance, la lecture des livres de Segalen avait fait éclore en lui quelques feuilles frêles comme des pétales de pavot qui sont autant de labyrinthes, autant de mandala, autant de cheminements secrets. Que trouve-t-on dans ces labyrinthes, dans ces mandala, le long de ces chemins ? Ce visage qui hantait Segalen quand il pensait à la Cité Interdite ? Peut-être. Mais une préface n’est pas faite pour faire le portrait d’un visage, elle doit se contenter d’être une simple invitation au voyage. Voyager, c’est avant tout savoir voir. Je vous invite donc à regarder, attentivement et imaginativement, c’est-à-dire segaleniennement, ces lettres peintes.

Kenneth White