Vient de paraître aux éditions Invenit :
ARTHUR RIMBAUD, ENTRE LISIBLE ET VISIBLE, de Zoé Monti.
Collection de livres illustrés et de livres d’artistes du fonds Rimbaud de Charleville-Mézières.

Extrait (page 201) : « François Righi s’attache au poème “H.”, peut-être l’un des plus mystérieux des Illuminations, qui a suscité les interprétations les plus diverses. […] Aux égégèses en folie, Righi préfère la suggestion érotique suggérée par l’étymologie du nom Hortense (orior en latin signifie “se lever, se dresser”). Et plutôt que de chercher à résoudre l’énigme, il se joue à son tour du texte.
L’idée du livre jaillit alors que l’artiste tombe par hasard sur l’avis d’une taxe imposées aux billards publics et privés en 1879 – l’année du départ pour le Harar de Rimbaud. Righi fait entrer par analogie avec le poème-charade en prose deux références aussi éloignées du poème que faciles à rapprocher d’un texte aussi équivoque qu’impénétrable : un livre d’Edmond Graveleuse sur le billard daté de 1881, et la figure de style de l’antimétabole, tirée du manuel de rhétorique Gradus, consistant à “dire autre chose avec les mêmes mots”.
Les mots de Rimbaud que Righi détourne sont les suivants : “Sa solitude est la mécanique érotique, sa lassitude, la dynamique amoureuse.” La dynamique amoureuse est désormais celle que doit rechercher le joueur au billard. La mécanique érotique consiste en ce va-et-vient de la queue de billard qui prépare son coup, du lecteur qui brûle de savoir, du poète et de l’artiste qui jouent avec nos sens.
La mise en page du livre est aussi minutieuse que son principe est complexe. La délicatesse du papier de soie noir, la préciosité des gravures dorées et argentées, la minutie de la brochure à la chinoise en font l’un des plus beaux livres d’artistes du fonds Rimbaud. Par son double sens de lecture – d’un côté le poème de Rimbaud se compose, se décompose, se recompose ; de l’autre les sept coups de billard détaillés par Graveleuse s’accumulent –, l’artiste joue avec le texte, mais aussi avec le livre. L’analogie se fait entre le principe esthétique du livre (la suggestion érotique, l’apparition-disparition du poème et des coups de billard) et le principe poétique à l’œuvre dans le poème (la poésie comme énigme, l’apparition-disparition du référent “H”). » Zoé Monti.
