MATTRAT (Jean-Claude), RIGHI (François). Une lecture muette, une profération.

s. l. n. d. [2004-2009]. 26 nappes de coton écru, ourlées, de 140 centimètres sur 200 centimètres, sur lesquelles sont imprimées en sérigraphie autant de brèves formules évoquant le sens, l’usage ou la conception du livre.
Performance de Jean-Claude Mattrat et François Righi, dont la forme est celle d’une édition limitée à 26 exemplaires.
Épuisé

 

“La proposition est de faire d’une conversation à propos du livre — discussions, questions, fins, expositions, assertions, sentences, conclusions – une séance publique démonstrative.
Il n’y a pas de lieu particulièrement approprié, mais des ruines muséales, une cave ou le vestibule d’une bibliothèque sont considérés comme propices.
Le matériel (tables, nappes, images) est fourni par les intervenants.
Les sources des citations utilisées sont accessibles à qui en fera la demande. Elles demeurent serrées dans la napperie.
La performance complète — lecture muette, distribution d’images, profération — n’excède pas 40 minutes.
Sa forme est celle d’une édition limitée à 26 exemplaires dont chacun des lieux de réception constitue la manifestation tangible.
[…] D’où vient l’idée d’une telle démonstration ? Il ne faudrait être ni trop clair ni trop obscur pour bien parler de ce que disent mieux les livres que nous faisons, car l’imperfection de ces deux éclairages mettrait à mal l’évidence « l’évidence du sujet », dont on sait qu’elle gêne les commentateurs. Or, laissant cela aux théoriciens (qui ne manquent pas de nous définir, qui veulent toujours nous imposer leurs définitions), nous ne délivrons pas plus de commentaires que nous ne défendons de thèses.
Le signe doit être l’indice sensible d’une chose qui ne tombe pas sous le sens. Nous parlons entre nous, mais nous n’élaborons pas de théories. Le sens de ce que nous faisons se trouve dans les indices suscités auparavant, malgré nous, pendant que nous parlions. C’est pour cela que nous conservons des traces de notre conversation. Notre plus récent échange prit le prétexte d’un petit livre d’Alcuin, dans lequel le jeune prince royal Pépin dialogue avec le maître Albinus. En marge de l’avant-dernière question, Quid est tacitus nuncius ? j’avais noté Mutus Liber, pour le plaisir d’évoquer la quatrième planche du grimoire hermétique de La Rochelle, où l’on voit cinq draps — mais il pourrait s’agir de nappes — exposés à la rosée d’une aube printanière. Jean-Claude Mattrat me répondit en modifiant les trois dernières propositions, qu’il retraduisit au crayon en bas de page :
— Qu’est-ce qu’un messager silencieux ?
— Ce que je tiens.
— Que tiens-tu ?
— La lettre.
C’est ainsi que cela pourrait finir ; puisque la première question du prince était : Qu’est-ce que la lettre ? “.

François Righi

Cinq ans et cinq mois, c’est ce qu’aura duré cette performance, réalisée pratiquement en vingt-six séances démonstratives, initiées le 11 janvier 2004, échelonnées irrégulièrement et accueillies en divers lieux afin d’interroger en public la matière subtile et complexe du livre.

Après l’atelier Courtois-Bambagioni à Henrichemont (1) en Berry, la Foire des livres d’artistes à Saint-Yrieix-la-Perche (2) la maison de Jean-Claude Mattrat à Avenay (3 et 4), le musée Alfred-Canel à Pont-Audemer (5), La Possonnière à Couture-sur-Loir (6), le cinéma Spoutnik à Genève (7), la médiathèque de Bourges (8), le Palais de Rumine à Lausanne (9), le Centre Dramatique National de Normandie à Hérouville-Saint-Clair (10), la médiathèque de Romorantin (11), la librairie La Gradiva à Versailles (12), la galerie Autres Rives à Bourges (13), l’hôtel de Guînes à Arras (14), le Prieuré de Saint-Benoît-du-Sault (15), la maison de Rike Würbach à Tours (16), l’Abbaye d’Ardenne – IMEC, à Caen (17), la médiathèque d’Orléans (18), l’Eina à Barcelone (19), la médiathèque de Roanne (20), l’atelier des éditions Héros-Limite à Genève (21), le Domaine de Kerguéhennec à Bignan (22), l’Amphithéâtre d’honneur de l’Ensba à Paris (23), la médiathèque de Mérignac (24), la Cave Poésie Roger Gouzenne à Toulouse (25), les ultimes nappes et la performance ont été définitivement pliées dans la cour de la bibliothèque Forney, à Paris (26), le jeudi 4 juin 2009 à 21h 30, lors de la première édition de l’événement littéraire PARIS EN TOUTES LETTRES.

Une séance additionnelle a donné lieu à une “édition spéciale” aux Baux-de-Provence, le 2 juin 2012, dans le cadre de la manifestation Publications d’artistes (Livres à disposition, édition 8).