RIGHI (François). RA. Un parasol temporaire.

S. l. [Ivoy-le-Pré] s. n. [Righi], 2000. In-128 « minuscule » (5,5 x 3,4 cm] de 58 pages (29 ff. non paginés : 6 de vergé Canson dont 3 blancs, 23 de papier thermique (tickets d’horodateur de parking), dorés à la feuille à pleine page, au recto et au verso. Jaquette rempliée muette, dorée à la feuille. Étui et chemise marouflés de papier Fabriano Roma brun. Exemplaire unique, signé (collection particulière, Clermont-Ferrand).

   

Titre peint (gouache rouge), sous-titre illustré (gouache et feuille d’or), note d’introduction et colophon manuscrits (encre noire), signature au crayon. Les 46 pages dorées comportent une réserve qui laisse voir, au recto, quelques lettres (7 fois OR, 7 fois RA et 7 fois RE) du mot “orange” imprimé sur le papier thermique de support; au verso, ce sont les dates qui apparaissent… et disparaissent au fil du temps.
La note est une citation de Malcolm Lowry extraite de Sous le volcan (traduction Jacques Darras).

On le sait depuis le commencement : il n’y aura jamais de repos. Le parasol, l’abri qu’on rêve pour toujours ne durera qu’un temps. Pourtant les heures déclinées sont enchâssées dans la lumière du métal incorruptible, le temps fixé dans l’or évidé. Ainsi pourra-t-on dire, non pas seulement l’heure, mais les heures, indéfiniment, in saecula saeculorum : OR-RA-RE, sept fois le jour. Mais les statues de marbre, on le sait bien, vont sur des pieds d’argile. Le temps que le livre, en le défiant, voulait magnifier, paradoxalement fixer dans son cours, le pliant et retournant sur lui-même, le temps ne cesse de se consumer sur son papier thermique. Son implacable usure gagne même la châsse d’or, elle aussi travaillée par la matière qui la fixe, et qui au lieu d’assurer la stabilité de la feuille de lumière la dénature et ronge, l’envahissant et rivant sur elle-même. Les feuillets immobilisés, comme plombés, ne bougent plus, interdisant qu’indéfiniment, les pages défilant, le temps revienne sur lui-même.
Sujets du livre, les heures, le temps, en sont devenus la matière, une matière investie par le devenir et la dégradation. Comme l’instant, la trace inscrite de l’heure passe, s’efface et va disparaître. Ligne éphémère d’une encre qui se consume dans la lumière faussement pérenne de l’or.
Orare. Sept fois prions pour la trop audacieuse promesse d’éternité du livre qui se clôt définitivement sur l’effacement de ses pages empesées, et meurt.
Marie-Jeanne Boistard